Pourquoi je n’ai pas informé mon patron de mon trouble bipolaire — avant aujourd’hui par Steele Roddick

Pourquoi je n’ai pas informé mon patron de mon trouble bipolaire — avant aujourd’hui

Par Steele Roddick

Ces dernières années, nous avons réalisé des progrès en matière de lutte contre la stigmatisation des maladies mentales. J’ai aussi réalisé des progrès personnels, et les conversations que j’ai eues avec mes amis et mes collègues ont suscité plus qu’un vague espoir : elles m’ont donné la confiance bien réelle que nous sommes dans la bonne direction.

Toutefois, il y a une conversation en particulier que j’avais toujours évitée jusqu’à maintenant : informer mon patron.

Ces derniers mois, j’ai lu des articles rédigés par des militants bien intentionnés qui affirment sans hésitation que les maladies mentales ne sont pas une faiblesse (en anglais). Bien que je sois en accord avec l’objectif de ces militants (c’est-à-dire, normaliser les conversations sur la santé mentale en milieu de travail) et que je comprenne leur situation (de longs antécédents de maladie mentale perçue comme un signe de faiblesse), je suis en désaccord avec le contenu de leurs affirmations.

Pour éliminer la honte liée aux maladies mentales, il est inutile d’édulcorer leurs effets, qui sont réels et pernicieux, quoique variés et personnels, à vrai dire.

Pour ma part, je peux dire que j’ai hésité à divulguer ma maladie mentale à mon patron précisément parce que c’est une faiblesse en milieu de travail. Quand je me sens déprimé, je suis un moins bon employé. Je suis moins créatif et productif que d’habitude. Cela ne fait guère de doute.

Mais, bien sûr, tout le monde a ses faiblesses, même les meilleurs employés. Je dirais même qu’un manque de conscience de soi ou d’intelligence émotionnelle devrait être de loin une plus grave préoccupation pour un employeur qu’un diagnostic d’anxiété ou de dépression.

De toute façon, aucun employeur ne peut sélectionner les meilleurs aspects des gens et rejeter le reste. Nous nous présentons au travail avec notre être tout entier, bons et mauvais côtés compris.

D’ailleurs, les bons employés savent transformer leurs faiblesses en forces. Et bien que le trouble bipolaire et le génie créatif se n’aillent pas nécessairement de pairs, je suis parvenu à chérir l’idée que mon diagnostic contribue à ma créativité. Les expériences que j’ai vécues m’ont ouvert l’esprit à des idées que je n’aurais peut-être jamais découvertes par moi-même. Si la maladie mentale est une arme à double tranchant, j’en exploite les avantages au maximum.

Pour m’aider à stabiliser mes humeurs, je fais de l’exercice régulièrement, je mange bien et je médite. Je crois, cependant, que je pourrais probablement en gérer plus efficacement les inconvénients, si mon patron et le reste de mon équipe étaient au courant.

Le problème lorsqu’on a le sentiment qu’on ne peut pas divulguer sa maladie mentale à son employeur, c’est que l’on n’est pas en mesure d’avoir une discussion franche et honnête sur la manière de recevoir le meilleur soutien possible.

Il est possible de contourner les faiblesses. Mais uniquement quand elles sont reconnues.

J’écris cet article aujourd’hui parce que je crois que lorsque mon patron le lira, il comprendra. Je crois qu’il entrera au travail aujourd’hui ou demain ou le jour suivant, il me serrera la main et me demandera ce qu’il peut faire pour m’aider. Nous pourrions même nous faire l’accolade.

Ensuite, nous aurons une conversation que nous aurions dû avoir il y a longtemps au sujet de ma santé mentale, et qui me donnera le sentiment d’être mieux soutenu que le jour précédent.

J’ai de la chance. J’en suis bien conscient.

Malheureusement, beaucoup d’autres ont probablement de bonnes raisons de ne pas partager ma confiance. Ils vont se présenter au travail aujourd’hui dans des milieux où, s’ils devaient partager leur être authentique, leur maladie mentale pourrait très bien prendre des proportions énormes, si ce n’est pas ouvertement, dans les réactions et les réponses de leurs pairs et de leurs supérieurs, alors plus discrètement, dans leurs perceptions et leurs jugements silencieux.

Je ne crois aucunement que le risque est imaginaire. La divulgation d’une maladie mentale pourrait, sans aucun doute, nuire à un cheminement de carrière. Cela pourrait très bien affecter ma propre carrière, si ce n’est aujourd’hui, ce sera dans les années à venir.

Cependant, grâce en partie à des initiatives comme Bell Cause pour la cause, l’évaluation des risques est en train de changer. Pour ma part, j’ai maintenant décidé que le risque en vaut la chandelle.

Après tout, nous sommes en 2019. Nous devrions être capables de parler de ces choses.

 

À propos de Steele Roddick :

Steele Roddick est un auteur situé à Toronto, où il vit avec sa femme Kaavya et son chiot Cozie.Il rédige des infolettres hebdomadaires pour mener une meilleure vie et la création d’un monde meilleur. 

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